LONDRES — Après plusieurs mois de réflexion, le gouvernement britannique a donné son feu vert mercredi à l’extradition vers son pays de l’ex-magnat algérien Rafik Khalifa, mais sa décision de faire appel lui permet d’éviter un transfèrement dans l’immédiat.
“Le ministre de l’Intérieur a décidé aujourd’hui (mercredi) d’ordonner l’extradition de Rafik Khalifa”, a indiqué une porte-parole du Home Office, ajoutant : “Une lettre exposant les raisons de cette décision a été envoyée aux avocats de Rafik Khalifa”.
Ce dernier s’est réfugié à Londres en 2003 quand a éclaté le scandale financier de la Khalifa Bank et de plusieurs autres entreprises de son empire. Il a été arrêté le 27 mars 2007 au Royaume-Uni dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen émis par le tribunal de grande instance de Nanterre, près de Paris.
Anita Vasisht, l’avocate de M. Khalifa, a annoncé son intention de faire appel de la décision d’extrader son client, ce qui suspendra la procédure.
“Nous allons faire appel”, a-t-elle déclaré à l’AFP, précisant que le délai pour interjeter appel est de 14 jours.
Un peu plus tard, après une discussion avec M. Khalifa, l’avocate a simplement déclaré : “Nous sommes très, très inquiets”.
La lettre du Home Office, dont une copie a été obtenue par l’AFP, précise que le ministre de l’Intérieur Alan Johnson “a conclu que rien ne l’empêchait d’ordonner l’extradition de M. Khalifa en vertu” de la loi sur l’extradition de 2003, après avoir “examiné avec soin” toutes les requêtes.
Le ministère souligne avoir reçu des “garanties” du gouvernement algérien, en particulier au sujet de la peine maximale encourue par l’ancien “Golden Boy”, à savoir la prison à vie.
“La peine de mort pour des infractions économiques a été abolie en novembre 2001. Il ne risque par conséquent pas la peine capitale”, est-il relevé dans la lettre, où il est précisé qu’aucune condamnation à mort n’a été mise en oeuvre en Algérie depuis 1993.
“Etant donné les faits, les circonstances et l’exposition du dossier, le ministre pense que les autorités algériennes sont parfaitement conscientes (du fait) que l’affaire de M. Khalifa sera suivie de près en contrepartie”, préviennent les auteurs du courrier. “Selon le ministre, il n’est pas surprenant (qu’Alger tienne à son extradition) étant donné l’immense gravité des faits reprochés et l’ampleur de leurs conséquences sur la population algérienne”.
La justice britannique avait autorisé en juin 2009 l’extradition vers son pays de M. Khalifa, condamné par défaut en mars 2007 à la réclusion à perpétuité pour “association de malfaiteurs, vol qualifié, détournement de fonds, faux et usage de faux”. Mais il appartenait au ministre de valider la décision.
Ce dernier devait initialement rendre sa décision avant le 24 octobre 2009, mais il avait obtenu un report à quatre reprises, en incluant celui qui avait porté la nouvelle date butoir au 30 avril.
L’examen de la demande d’extradition adressée à Londres par la France a été gelé, dans l’attente d’une décision définitive sur la demande algérienne qui prévaut sur celle de Paris.
Ce qui n’empêche pas la procédure française de se poursuivre, mais la justice est divisée sur l’organisation devant un tribunal à Nanterre d’un procès de M. Khalifa.
Une juge d’instruction de cette ville de la banlieue parisienne veut y faire comparaître l’ancien homme d’affaires, lui reprochant des délits de banqueroute par dissimulation ou de détournement d’actifs. Mais le procureur du parquet local s’y oppose, estimant que les faits de banqueroute ne peuvent y être poursuivis car ils n’ont pas été commis dans le ressort du tribunal et les sociétés visées n’ont pas de personnalité morale propre en France.
Le procureur de Nanterre a saisi en mars 2010 une cour d’appel qui devra trancher à une date qui n’a pas encore été fixée.
De Elodie MAZEIN (AFP)
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