CINÉMA – Comment Canal+ a profité de la zizanie entre les gros et les petits

Entre Canal+ et le cinéma, une histoire d’amour… et de bisbilles © Gorassini Giancarlo / Abaca

Le mariage entre Canal+ et le cinéma a été reconduit, vendredi, pour cinq ans. Mais les grandes salles – UGC, et le consortium Pathé-Gaumont – ont bien compris que la dot leur échapperait. En effet, dès l’origine, Bertrand Méheut et Rodolphe Belmer, tandem dirigeant, avaient choisi de frapper un grand coup : ils ne financeraient plus à l’avenir ni les salles ni les distributeurs. Une économie d’environ 13 millions d’euros par an. Au même moment, la Fédération nationale des cinémas français (syndicat des exploitants) tentait de sensibiliser les pouvoirs publics aux difficultés rencontrées par les salles…

Mais quelles difficultés ? Les entrées vont frôler les 200 millions cette année, en hausse de 4 à 5 %. L’un des plus hauts niveaux historiques ! Conséquence de la crise, le public cherche à se divertir et se rue dans les salles obscures. En revanche, dans les zones rurales, où les délocalisations et les plans de licenciements se sont multipliés, les petites salles souffrent… Canal+ a habilement joué. Au fil de la négociation, la chaîne cryptée a lâché juste assez de lest pour profiter de la division entre “les gros” et “les petits”. D’où l’idée de créer une fondation qui aiderait, au cas par cas, les salles et les distributeurs… Si bien que le BLOC (Bureau de liaison des organisations du cinéma), constellation de petits syndicats, a signé l’accord, tandis que le BLIC (UGC, Gaumont, Pathé…) s’est abstenu.

Can al+ enfonce un coin entre producteurs et gros exploitants

La division du cinéma s’est accentuée avec le fait que la FNCP a réclamé des pouvoirs publics qu’ils modifient la répartition des recettes à l’avantage des salles, au détriment des producteurs (ce qu’on appelle le droit de location). Dans ces conditions, les producteurs se sont donc désolidarisés des exploitants. Dès lors, tout l’intérêt de Canal+ était de les câliner dans le sens du poil… La chaîne cryptée a ainsi consenti à porter de 12 % à 12,5 % la part de son chiffre d’affaires consacré aux investissements dans l’achat des films européens. Et sur ces 12,5 %, le montant consacré à l’achat de films en langue française est porté à 10 %, contre 9 % précédemment. En somme, les producteurs français ont gratté sur le “couloir européen”. Vive l’Europe !

Autre assouplissement de Canal+ durant sa négociation : la prime au succès, qu’elle entendait supprimer, a été finalement maintenue et pérennisée. Elle se traduit par un pourcentage de 0,5 % (compris dans les 12,5 %) qui sera alloué aux films ayant réalisé plus de 500.000 entrées… Et s’ils ne sont pas assez nombreux à passer le cap des 500.000 entrées ? “Nous affecterons le reliquat aux films préachetés, dont le budget est inférieur au budget médian, qui ont reçu le plus d’entrées”, précise Manuel Alduy, le monsieur Cinéma de Canal+. Une façon de soutenir les “petits films” qui ont mieux marché que prévu.

Le Point.fr

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